« Ubérisation » du métier d’avocat ?
Autant de petites révolutions qui permettront peut-être à la profession d’échapper à l’« ubérisation » que certains dénoncent. « Les legaltechs ne savent pas faire du sur-mesure. Elles sont le prêt-à-porter, nous serons la haute couture », affirme Sophie Clanchet, présidente du réseau professionnel Eurojuris France.
Kami Haeri abonde dans le même sens : « Considérer avec mépris les offres de sociétés qui, sur Internet, vendent des formulaires un peu automatisés constitue une grave erreur d’analyse (…) la proposition de valeur [des avocats] est proche de celle des métiers de l’artisanat d’art : un travail sur mesure, ultrapersonnalisé, dans lequel la réputation de l’avocat occupe une place importante. »
D’ailleurs, le terme d’« ubérisation » recouvre surtout une série de changements du modèle économique, selon l’auteur du rapport. « La profession (…) parle depuis plusieurs mois d’ubérisation du droit lorsqu’elle évoque les legaltechs. C’est oublier que, depuis plusieurs années, la profession d’avocat a été uberisée par les experts-comptables qui ont su capter de la valeur grâce à une plus grande disponibilité, auprès des PME et des TPE. »Lire aussi De quoi l’« uberisation » est-elle le nom ?
Jamais la profession d’avocat n’aura été confrontée à une série de changements aussi nombreux, aussi profonds et aussi simultanés, juge Kami Haeri. Il y a bien eu des « accidents » ou des « mutations »précédemment, mais ils « n’ont, au fond, que très modérément menacé ou altéré au cours des cent cinquante dernières années la structure de la profession ».
La réforme de la profession sera d’autant plus importante qu’elle peine à conserver ses recrues : les effectifs ont doublé en vingt ans, mais environ 30 % des avocats changent de voie après dix ans de carrière. Signe que, malgré tout, les affaires ne vont pas si mal, le chiffre d’affaires de la profession a été multiplié par trois en vingt ans.
